L'art de l'intégration : quand la force se construit et quand elle se gère
Dans le monde de l'entraînement physique professionnel, SIDEA a toujours défendu un principe clair : la force n'est pas seulement une question de charge, mais de contrôle, de qualité et de transférabilité du mouvement. Concevoir des équipements, c'est concevoir des possibilités motrices. Et concevoir des possibilités motrices, c'est comprendre comment le corps produit et gère la force.
C'est précisément sur ce terrain que le discours de Serena Dalle Palle à l'occasion de l'assemblée générale de l'Union européenne s'est déroulé. Le Sommet de la force 2026 de StrongFirst, qui a eu lieu à Cesena les 31 janvier et 1er février 2026, réunissant des entraîneurs, des préparateurs physiques et des professionnels du mouvement de toute l'Europe.
Le titre de son discours - “Modèles de poussée et de traction : intégration SAS et BAS”.” - peut sembler technique. En réalité, il aborde l'une des questions les plus centrales de la programmation moderne de la force : la relation entre la force du bras fléchi (BAS) et la force du bras droit (SAS).
Force du bras plié et force du bras droit : développer ou gérer la force
Dans le langage de l'entraînement sportif, le Force du bras plié représente la manière la plus répandue et la plus traditionnelle d'entraîner le haut du corps.
Les pompes, les dips, les tractions, les curls, le développé couché, le rameur : ce sont tous des exemples de mouvements de levier courts dans lesquels la flexion du coude permet une expression élevée de la force et une demande métabolique importante.
C'est la force que nous construisons.
C'est la force qui domine en powerlifting, en bodybuilding et dans de nombreuses méthodologies d'entraînement de la force.
Mais ce n'est pas la seule forme de force qui compte.
La Force du bras droit agit à un autre niveau : elle ne se contente pas de produire de la force, mais l'organise et la transmet à travers des structures plus complexes.
Planches actives, appuis sur les anneaux, positions en L, équilibre sur les mains, corps creux, leviers : ici, le coude est tendu, le levier est allongé et la demande devient principalement neuronale et stabilisatrice.
C'est la force qui apprend à gérer.
Et cette distinction n'est pas théorique : elle est biomécanique, neuromusculaire et articulaire.
Pourquoi intégrer SAS et BAS dans la planification des forces ?
L'un des messages les plus forts qui est ressorti du sommet est que le fait de n'entraîner qu'un seul des deux modes crée des limitations adaptatives.
Une approche uniquement axée sur la force du bras fléchi peut générer :
- manque de stabilité de l'omoplate ;
- des surcharges articulaires à moyen et long terme ;
- faible transférabilité à des gestes complexes ou à des compétences avancées.
En revanche, une approche axée uniquement sur la force du bras droit peut.. :
- limiter l'expression de la force dynamique ;
- réduire la capacité traditionnelle de poussée et de traction ;
- ralentir le développement de la force maximale.
La solution n'est pas de choisir. Elle consiste à intégrer.
Cette intégration est parfaitement cohérente avec une vision évoluée de la préparation physique : construire un corps véritablement fonctionnel, capable non seulement de déplacer des charges élevées, mais aussi de les contrôler dans tous les coins de l'amplitude articulaire.
Force du bras droit et santé de l'épaule : La rôle clé de l'omoplate
L'un des passages les plus intéressants du discours de Serena sur le plan technique concernait le concept de Force de l'omoplate.
Dans le Straight Arm Strength, le complexe scapulaire devient le centre de contrôle du mouvement. La force n'est plus concentrée exclusivement dans les grands moteurs (grand dorsal, grand pectoral), mais elle est répartie sur des stabilisateurs plus petits qui sont souvent négligés dans l'entraînement traditionnel, comme le trapèze moyen/inférieur et le dentelé antérieur.
Cela a deux implications fondamentales pour les entraîneurs et les formateurs personnels :
- Le développement du SAS prend du temps, car les petits stabilisateurs doivent s'adapter à de nouvelles charges et tensions.
- L'intégration du SAS améliore la santé de l'épaule en réduisant les déséquilibres entre les grands moteurs et les stabilisateurs.
Dans un contexte où les douleurs antérieures de l'épaule, les impactions et les surcharges sont extrêmement fréquentes, l'intégration du travail du bras tendu dans le programme hebdomadaire n'est pas un choix esthétique. C'est un choix stratégique.
Différences biomécaniques : levier court et levier long
D'un point de vue technique, les différences entre BAS et SAS sont évidentes.
Force du bras plié
- Levier court → plus grande capacité à exprimer la force absolue
- Demande métabolique élevée
- Motif plus facile à apprendre
Force du bras droit
- Levier long → contrainte articulaire plus importante
- Forte demande de contrôle de l'omoplate et du tronc
- Forte demande neuronale
La compréhension de ces différences est cruciale pour une bonne programmation de l'entraînement de la force, en particulier dans le domaine professionnel.
Il ne s'agit pas de rendre les exercices plus “difficiles”, mais de progresser sur des variables précises : l'effet de levier, l'alignement, le temps sous tension (TUT) et le contrôle.
Programmation de la force : la qualité avant la fatigue
Un autre point central d'intervention concerne l'organisation du micro et du macro-cycle.
Les bras pliés et les bras droits ne sont pas alternés de façon aléatoire.
Leur répartition dépend de quatre variables clés :
- niveau du sujet ;
- objectif de la phase ;
- la tolérance des joints ;
- les compétences en matière de contrôle moteur.
Parmi les propositions qui ont émergé :
- Structure de 5 jours avec barbell prioritaire et SAS complémentaire (haute fréquence, haut volume) ;
- Structure de 4 jours avec priorité au SAS et à l'équilibre dans la maintenance (haute qualité, haute récupération) ;
- Cycles mensuels avec des phases techniques d'accumulation, d'intégration et de consolidation.
Un concept particulièrement pertinent pour ceux qui travaillent avec des haltères et des charges élevées : la force du bras droit ne doit pas être amenée à l'échec et ne doit pas entrer en compétition avec les grands soulevés de terre.
L'organisation se fait par la qualité et non par l'effort.
Ce principe est extrêmement cohérent avec une approche professionnelle de la force et du conditionnement : la fatigue est un outil, pas un objectif.
La compétence avant la force : la compétence d'abord, la charge ensuite
Un passage qui a suscité un grand intérêt est le principe : “L'habileté avant la force”.
Les compétences complexes - équilibre sur les mains, appuis avancés, leviers - doivent être entraînées avant le travail de force traditionnel.
Blocs techniques de 10 à 20 minutes en mode contrôlé, concentration neuronale, attention à l'alignement.
Ce n'est qu'ensuite que l'on passe aux séries et aux répétitions avec des charges externes.
Car la force, en particulier dans un contexte professionnel, n'est pas seulement un rendement mécanique. C'est une question de coordination. C'est le contrôle. C'est l'économie du geste.
Le manifeste de l'architecture de la force
La conclusion du discours a été résumée en trois phrases qui constituent un véritable énoncé de méthode :
- La force des bras pliés développe la force.
- La force du bras droit enseigne comment gérer cette situation.
- Un bon programme ne choisit pas, il intègre.
Appliquer la logique, et non le hasard.
Un message qui résonne profondément avec la philosophie de SIDEA : l'équipement est un outil, mais c'est la programmation qui le transforme en résultat.
Ce que cela signifie pour les entraîneurs, les entraîneurs personnels et les salles de sport
Pour ceux qui travaillent dans le monde du fitness professionnel, de l'entraînement fonctionnel et de l'entraînement athlétique, la conclusion est claire :
- L'intégration du travail des bras pliés et des bras tendus améliore les performances globales.
- Il améliore la santé des articulations, en particulier de l'épaule.
- Augmente la transférabilité de la force vers des compétences avancées.
- Il permet de former des athlètes plus complets et plus résistants.
Dans un secteur en constante évolution, où la recherche de nouveaux stimuli risque parfois de remplacer la logique par la mode, le discours de Serena Dalle Palle au Sommet de la force 2026 a ramené l'attention sur ce qui compte vraiment :
Un corps fort n'est pas celui qui déplace le plus de charges, mais celui qui les manipule et les maîtrise le mieux.
Lorsque la programmation devient une architecture du mouvement, la force n'est pas seulement une puissance. Elle est qualité. C'est le contrôle. C'est une performance durable dans le temps.
L'orateur : expertise académique et expérience dans le domaine
L'intervention de Serena Dalle Palle ne découle pas d'une réflexion théorique isolée, mais d'un parcours professionnel et sportif structuré.
Chargée de cours à l'université de Padoue dans le cadre du cours de licence en sciences de l'exercice et du sport, Serena dispense des cours théoriques et pratiques sur l'entraînement fonctionnel. Son activité académique va de pair avec une intense activité de formation destinée aux techniciens du mouvement, aux entraîneurs sportifs et aux professionnels du fitness, par le biais d'ateliers, de séminaires et de cours spécialisés.
Son approche intègre la force, la mobilité et le contrôle moteur, avec un accent constant sur la prévention des blessures, la réathlétisation et l'amélioration des performances. Au fil des années, elle a occupé des postes de responsabilité technique en tant qu'entraîneur sportif et responsable de secteur d'entraînement fonctionnel, consolidant ainsi une méthode qui allie solidité scientifique et application pratique.
Ancienne lutteuse de haut niveau, vice-championne d'Italie en 2001 et 2002, elle apporte son expérience directe de la compétition et de la gestion de la charge dans la vie réelle à sa vision de l'entraînement.
C'est précisément cette synthèse entre l'université, le terrain et le sport de compétition qui rend sa contribution au Sommet de la force 2026 particulièrement adaptée à une vision évoluée de la préparation physique professionnelle.
Dr Giacomo Collini



